Quelques lectures pour l'été...

Portrait de IEB
Quelques lectures pour l'été... - publié le : ven 01/08/2008 à 15:22

 Actualité de l'édition

Quelques lectures pour l'été...
 

L'été est propice aux lectures, dit-on... Il nous a donc semblé judicieux de vous proposer un choix d'ouvrages consacrés au bouddhisme, parmi les nombreuses nouveautés parues ces dernières semaines.
Il est à noter que, pour une fois, tous les domaines sont à peu près représentés : initiation-découverte, bouddhisme indien, bouddhisme Theravâda, bouddhisme sino-japonais, bouddhisme tibétain, bouddhisme et Occident...  De quoi satisfaire toutes les envies, toutes les curiosités !

Nous vous souhaitons d'en profiter agréablement, pendant les huit semaines à venir, avant de nous retrouver à la prochaine rentrée scolaire, début septembre !
 

 



Initiation-découverte :
50 clés pour comprendre le bouddhisme

Dennis Gira
Pélerin Magazine Hors Série ; éd. Bayard Presses, mai 2008
 N° ISSN - 0764-4663 ; prix de vente : 7 €

"50 clés pour comprendre le bouddhisme" est le 10e titre d'une collection de hors-séries de l'hebdomadaire Pèlerin. Ce titre a l'ambition d'offrir à chacun les clés pour comprendre une spiritualité à propos de laquelle circulent trop d'approximations.
Au sommaire
-  4 clés pour comprendre "Avant de commencer..."
- 18 clés pour comprendre "Les fondamentaux"
- 18 clés pour comprendre "A travers les siècles"
- 10 clés pour comprendre "Le bouddhisme d'aujourd'hui"
Cette "visite guidée" voudrait rendre service à tous ceux qui veulent comprendre le bouddhisme, à ceux qui doivent l'expliquer aux autres (parents, enseignants, journalistes...) et à ceux qui désirent aller à la rencontre des bouddhistes.
Le Pélerin a confié la rédaction de ce Hors-série à Dennis Gira, chrétien d'origine américaine dont les ouvrages sont parmi les meilleurs qu'on puisse conseiller à tous ceux qui viennent (consciemment ou inconsciemment) d'une culture chrétienne - c'est-à-dire la plupart des Occidentaux ! - car il sait quels sont les "points d'achoppement" principaux à notre compréhension du bouddhisme...


Dennis Gira a étudié le bouddhisme au Japon au cours des années 70. Il est docteur de l’université de Paris VII et diplômé de l’Ecole pratique des hautes études (section « sciences religieuses »). Il a été directeur adjoint de l’Institut de science et de théologie des religions à l’Institut catholique de Paris entre 1986 et 2006 où il a donné les cours sur le bouddhisme et sur le dialogue entre bouddhistes et chrétiens. Il est l'auteur, notamment, de « Comprendre le bouddhisme » (Livre de Poche, 1998), « Le bouddhisme à l'usage de mes filles » (Seuil, 200), « Le lotus ou la croix » (Bayard, 2003). Il a déjà enseigné, et enseignera encore l'année prochaine, à l'UBE.

 



Bouddhisme indien :
Comment la philosophie indienne s'est-elle développée ?
La querelle brahmanes-bouddhistes

Michel Hulin
éd. Panama, coll. "Cyclo", Paris, mars 2008
N° ISBN - 978-2-7557-0094-7 ; prix de vente : 18 €

Le temps est révolu où l'on pouvait faire croire qu'il n'y a pas de philosophie en Inde. Chacun sait, aujourd'hui, que l'histoire intellectuelle indienne est marquée par une multitude d'écoles, des traités innombrables, des débats intenses. Mais il est souvent difficile de s'y repérer, ou même de commencer à y avoir accès.

Dans ce volume, Michel Hulin explique avec clarté et précision l'axe central autour duquel se sont développés, pendant plusieurs siècles, une grande partie des arguments et des notions-clés : la querelle entre les bouddhistes et les brahmanes à propos du Soi. Cet interminable débat est au coeur de tout le développement théorique classique.
Les bouddhistes contestent l'existence d'un principe permanent, aussi bien dans les individus (il n'y pas d'« ego » ni de « personne ») que dans les choses (qui sont pour eux dépourvues de « nature propre », ou d'« essence »). Les brahmanes soutiennent au contraire qu'un Soi existe nécessairement, identique dans tout l'univers, présent dans la conscience humaine comme dans les objets.

À travers cette polémique, ce sont deux manières d'envisager le monde, la pensée et surtout la délivrance qui s'affrontent et ne cessent d'aiguiser leurs arguments. S'appuyant sur de nombreux textes, dont certains sont inédits, Michel Hulin éclaire magistralement ce débat crucial, dont les deux versants finissent par se rejoindre.

Michel Hulin, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, ancien pensionnaire de l'Institut Français d'Indologie de Pondichéry, a occupé de 1981 à 1998 la chaire de philosophie indienne et comparée à l'Université Paris IV. Il est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages, parmi lesquels "Le principe de l'Ego dans la pensée indienne classique" (1978), "Hegel et l'orient" (1979, 2. éd. 2001), "La mystique sauvage" (1993, 2. éd. Août 2008) et "Shankara et la non-dualité" (2001). Il a déjà enseigné, et enseignera encore l'année prochaine, à l'UBE.

 



Bouddhisme Theravâda :
Les huit marches vers le bonheur

Bhante Hénépola Gunaratana
(traduction de l'anglais : Gilbert Gauché)
éd. Albin Michel, Paris, mai 2008
N° ISBN - 978-2-226-18288-3 ; prix de vente : 22 €

"Les huit marches vers le bonheur" ne sont autres que ce que le public connaît mieux sous le nom d' Octuple Noble Sentier : les huit types de pratique préconisées par le Bouddha dans la quatrième Noble Vérité, autrement appelés "la Voie du Milieu".
Comme dans son précédent ouvrage traduit en français, "Méditer au quotidien", Bhante Gunaratana transcrit les enseignements traditionnels de l'école Theravâda, mais en les présentant au public occidental dans un langage d'une clarté et d'une simplicité tout à fait remarquables !
Son but est de faire prendre conscience de ce que le Chemin Octuple est "central à tout l'enseignement" du Bouddha et "à quel point il correspond à l'expérience [des méditants]". Il suggère d'ailleurs de le lire comme un véritable manuel de méditation, non plus en posture assise ou en marche, mais dans le processus même de la lecture de l'ouvrage...
Ces huit "marches", déclare-t-il en introduction, sont "un guide complet pour parvenir au bonheur, don't le Bouddha a résumé le contenu sous huit aspects. Un simple petit effort pour incorporer ces huit démarches dans votre vie vous rendra heureux. Un grand effort vous transformera et vous mènera aux états de félicité les plus élevés qu'il soit possible d'atteindre" !


Le vénérable Hénépola Gunaratana est moine bouddhiste depuis l'âge de douze ans, il vit aujourd'hui aux Etats Unis et parcourt le monde pour donner des conférences. En 1988, le Vénérable Gunaratana est devenu Président de la Bhavana Society in High View (Virginie-Occidentale), centre où l’on encourage le méditation et la vie monastique. Il est aussi l'auteur d'un "Méditer au quotidien" (Marabout) qui constitue un petit manuel de base de la méditation Vipassana tout à fait remarquable et, d'ailleurs, plusieurs fois réédité !

Nous vous proposons ci-dessous (bas de page) un extrait de cet ouvrage.

 



Bouddhisme sino-japonais :
Shinran - un réformateur bouddhiste dans le Japon médiéval
Jérôme Ducor
éd. Infolio - Gollion, coll. "Le maître et le disciple", Suisse, juin 2008
N° ISBN - 978-2-88474-926-8 ; prix de vente : 19 €

Bien que le bouddhisme jouisse actuellement d’une certaine faveur dans le public occidental et qu’il participe au nouveau dialogue interreligieux, la voie de Shinran reste le plus souvent méconnue, quand elle n’est pas franchement dévalorisée.

Religieux bouddhiste du moyen-âge japonais, Shinran a pourtant formulé un enseignement révolutionnaire à bien des égards, puisqu'il offrait à tout un chacun, même les plus démunis, la possibilité de réaliser l'éveil bouddhique et de s'affranchir de la souffrance inhérente à toute forme d'existence. C'est lui qui pouvait ainsi affirmer :
« Même les bons vont naître dans la Terre pure, à plus forte raison les mauvais ! ».
Souvent comparé à Luther pour sa doctrine de la foi et son mariage, Shinran mérite cependant d'être replacé dans son originalité, qui fait de lui l'une des grandes figures de la spiritualité universelle.

Ce livre s'efforce de le situer clairement dans les différents courants du bouddhisme. Il retrace ainsi le développement de la tradition de la Terre pure, forme religieuse la plus répandue en Extrême-Orient, avant de présenter la vie et la pensée de Shinran en se fondant sur les sources chinoises et japonaises originales.


Jérôme Ducor est conservateur du département Asie du Musée d'ethnographie de Genève et privat-docent à l'Université de Lausanne. A travers ses publications, il s'efforce de présenter l'impact du bouddhisme en Asie et ses prolongements récents en Occident, en suivant notamment l'évolution de la tradition de l'école véritable de la Terre pure, dans laquelle il a été ordonné voilà trente ans. Il enseigne à l'Université Bouddhique Européenne.

 



Bouddhisme tibétain :
La grande paix de l'esprit

Sa Sainteté le Dalaï-Lama
(traduction de l'anglais et du tibétain : Virginie Rouanet et Philippe Cornu)
éd. La Table Ronde, coll. "Les chemins de la Sagesse", Paris, juin 2008
N° ISBN - 978-2-7103-2987-9 ; prix de vente : 23 €

"La Grande Paix de l'Esprit" retrace le chemin spirituel dans son intégralité, depuis les notions d'éthique qui forment le socle commun à toutes les religions et à tous les hommes épris d'humanisme, jusqu'aux enseignements les plus élevés du Dzogchen, en passant par la philosophie bouddhiste fondamentale.

Invité en l'an 2000 à Lérab Ling, dans le Languedoc, le Dalaï-lama a livré les principes clés du bouddhisme devant une assistance de dix mille personnes en même temps qu'il commentait, avec une érudition et une clarté remarquables, le texte magistral du maître tibétain du quatorzième siècle, Longchen Rabjam dit Longchenpa : "Trouver le confort et l'aise dans la méditation de la Grande Perfection".
De cette rencontre entre deux maîtres éminents du bouddhisme tibétain, Sogyal Rinpoché a dit : "Nous avons tous été touchés par la profondeur, la pertinence et la limpidité de ces enseignements ; certains ont d'ailleurs affirmé qu'ils étaient parmi les plus remarquables qu'ils aient eu l'occasion d'entendre. Avoir pu recevoir ces enseignements du dalaï-lama fut un événement exceptionnel dans la vie de toutes les personnes présentes."

Imprégné de l'ambiance chaleureuse de l'événement, ce livre d'une grande fluidité, directement issu de la transmission orale du bouddhisme tibétain, est plein de vitalité.

Il offre au lecteur une dimension inédite de l'esprit du Dalaï-lama, en même temps qu'il lui propose une vision panoramique de l'enseignement du Bouddha.

 



Bouddhisme et Occident :
Bouddhisme et Philosophie
en quête d'une sagesse commune

Françoise Bonardel
éd. L'Harmattan, coll. "Théôria", Paris, mai 2008
N° ISBN - 978-2-296-05797-5 ; prix de vente : 25 €

Est-ce au prix d'un malentendu que le bouddhisme est supposé avoir "rencontré" l'Occident ? A l'incompréhension qui fut d'abord celle des philosophes occidentaux a succédé un enthousiasme contagieux pour cette "philosophie", pour cet art de vivre fondé sur des valeurs pacifistes et humanistes.
Faisant fond sur la déchristianisation de l'Europe et sur le scepticisme religieux ambiant, ce néo-bouddhisme conciliant a-t-il encore quelque chose à voir avec la rigueur du renoncement prêché par le Bouddha Sâkyamuni au VIe siècle avant Jésus-Christ ? Nombre d'Occidentaux prêtent en effet aujourd'hui à cette "philosophie" toutes les vertus dont auraient démérité les grandes religions, et pensent même trouver dans l'enseignement du Bouddha une rationalité quasi scientifique et un athéisme purificateur capables de réconcilier les plus critiques d'entre eux envers le religieux avec une spiritualité sans Dieu.
Or une confrontation plus serrée entre les enseignements bouddhiques et la tradition philosophique occidentale fait apparaître un paysage plus nuancé et des clivages plus accentués qu'il n'y paraît au premier abord.

C'est à clarifier certains de ces malentendus que sont consacrés ces essais portant sur quelques questions à cet égard significatives : identité, karma, thérapeutique spirituelle, non-dualité, vacuité...

Professeur de Philosophie des religions à l'Université de Paris 1-Sorbonne depuis 1990, agrégée de philosophie et docteur d'État, Françoise Bonardel est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages (Philosophie de l'alchimie, L'Irrationnel, La Voie hermétique) et de nombreux articles pour des revues et ouvrages collectifs français et étrangers. Elle dispense également à l'Université Bouddhique Européenne (UBE) un enseignement portant sur l'acculturation du bouddhisme en Occident et ses possibles relations avec la philosophie.
 



Les huit marches vers le bonheur
Bhante Hénépola Gunaratana
(traduction de l'anglais : Gilbert Gauché)
éd. Albin Michel, Paris, mai 2008 

extrait du chapitre 4 - p. 173 à 181
 


L’Action juste


L’éthique dans l’action


Traditionnellement, nous disons que la marche de l’Action juste consiste à s’abstenir de tuer, de voler et de l’inconduite sexuelle. Bien que les mêmes mots soient utilisés dans les cinq préceptes et dans la définition de l’Action juste. Le sens est un peu différent. Dans l’optique des préceptes, il est très simple et direct: simplement, ne faites pas ces trois choses. Tuer, voler et l’inconduite sexuelle sont trois des pires actions que vous puissiez effectuer, et si vous les commettez, vous ne trouverez pas la paix. Par conséquent, nous prenons une forte, une puissante résolution et nous y tenons strictement.
Cependant, lorsque le Bouddha a défini l’Action juste comme s’abstenir de tuer, de voler et de l’inconduite sexuelle, il ne faisait que donner des exemples des outrages les plus flagrants que l’on puisse infliger aux autres. Par suite, ces abstentions devraient être comprises non de manière limitée, au sens du respect des règles, mais aussi comme de grandes lignes pour une conduite éthique supérieure.
Ainsi, dans l’un de ses enseignements où il pressait chacun d’agir avec compassion envers tous les êtres vivants, fait-il le commentaire suivant,


Tous les êtres vivants ont peur du bâton (de la violence)
T ous les êtres vivants ont peur de la mort.
Vous comparant vous-même aux autres,
Ne faites aucun mal ni n’entraînez un autre (à en faire) (Dh 129).


    Il a expliqué que toute action physique faisant du tort à une autre personne - endommager des biens, les incendier, menacer d’une arme - est mauvaise, même si personne n’est tué. Une fois, j’ai entendu parler d’un jeune homme qui détestait ses compagnons de chambre à l’université. Pour se venger, il les harcelait en abîmant secrètement leurs affaires personnelles. Par exemple, il trempait leurs serviettes dans les toilettes, il endommageait leurs ordinateurs ! Les tracasseries mesquines, les farces qui blessent sont également de mauvaises actions.


    Il existe aussi un niveau plus élevé de l’action éthique. Par exemple, s’abstenir de tuer atteint son sens le plus élevé lorsque nous développons une attitude complètement non violente et souhaitons continuellement le bien de tous les autres êtres vivants. Nous pratiquons l’Action juste non parce que nous voulons éviter d’enfreindre les règles du Bouddha ou par peur d’être punis; nous évitons les comportements cruels et blessants parce que nous nous rendons compte de leurs conséquences - qu’ils nous conduisent nous-mêmes et tous ceux qui nous entourent à une profonde souffrance, maintenant et à l’avenir. Nous pratiquons l’Action juste parce que nous voulons que notre vie soit utile et harmonieuse, ni destructrice ni conflictuelle, et car nous voulons avoir un esprit calme et heureux, non troublé par le regret ou les remords.
    Quand il s’agit d’observer des principes de morale, notre esprit nous joue de nombreux tours. Certaines personnes se disent que les règles morales ne concernent pas les jeunes. « Je peux prendre du bon temps maintenant, disent-elles, et faire tout ce que je veux. Quand je serai plus vieux, je ferai le ménage dans mes actions. » Malheureusement, observer des principes moraux en fin de vie est comparable à gagner à la loterie sur son lit de mort. Si vous attendez trop longtemps, vous ne pourrez pas profiter des bienfaits apportés par une vie morale - libération des dépendances, relations saines, conscience claire et un esprit sans trouble. Il est préférable de profiter des effets salutaires de la moralité pendant que vous êtes jeune, en bonne santé et fort. Quand vous serez vieux, vous n’aurez pas besoin de principes moraux pour empêcher de mauvaises conduites !


    Une autre ruse consiste à nous dire : « En quoi des principes moraux sont-ils bons pour moi ? Ma vie est bonne telle qu’elle est. » Si telle est votre réaction, vous feriez bien de regarder votre raison­nement de plus près. Si votre vie est si belle, pourquoi mentez-vous, volez-vous, buvez-vous ou tuez-vous ? Enfreindre les règles morales devient vite une habitude dont il est difficile de se défaire. De plus, ces comportements ont inévitablement des conséquences négatives. Il n’y a pas moyen d’échapper à la loi de cause à effet. Dérogez aux principes moraux et vous risquez de perdre votre santé, vos biens, l’affection de ceux que vous aimez, et bien d’autres choses qui ont de la valeur pour vous. En plus, vous aurez à faire face aux soucis, à la culpabilité et même à davantage d’insatisfaction. Souvenez-vous, nous observons des principes de moralité pour nous rendre heureux, non pour être malheureux.


    Même de petites actions immorales, apparemment insignifiantes, ont un certain effet. J’ai entendu parler d’un homme qui avait manqué une participation dans une affaire de plusieurs millions de dollars - simplement en tuant un insecte. C’était un homme d’affaires plein de bon sens, de talent, qui avait organisé une réunion avec un partenaire potentiel pour discuter d’une associa­tion. Alors qu’ils discutaient, un insecte vint se poser sur le bord du verre de bière de ce businessman. Avec un petit bâtonnet, ille fit tomber dans la bière. Quand l’insecte s’évertua à remonter le long du verre pour en sortir, l’homme le fit tomber de nouveau. Tout en discutant une affaire valant des millions de dollars, il s’amusait avec l’insecte, le repoussant dans la bière jusqu’à ce qu’il se noie.
    L’associé potentiel m’a dit ultérieurement qu’après avoir vu ce jeu, il avait pensé : « Cet homme est des plus cruels. Peut-être ferait-il quelques vilenies simplement pour gagner de l’argent. Je ne veux pas faire des affaires avec lui. » Et il renonça à l’association.


    Il se peut que vous vous demandiez pourquoi les principes de l’Action juste sont exprimés en termes négatifs - ne pas tuer, ne pas voler, etc. La raison en est très simple. Nous ne pouvons pas trouver la joie qui naît de la bonne conduite tant que nous n’avons pas abandonné la mauvaise. Nous avons tendance à agir avec un esprit plein d’attachement, qui nous mène à toutes sortes de perversion. D’abord, nous devons nous opposer à cette tendance naturelle. Ensuite, nous pourrons nous rendre compte à quel point nous nous sentons à l’aise, détendus, libres et paisibles quand nous agissons selon l’éthique. Il est impossible de cuisiner un délicieux repas dans un poêlon sale, ou de faire pousser un magnifique jardin dans une terre étouffée par les mauvaises herbes. En nous abstenant du négatif, nous créons les conditions nécessaires pour que le positif s’épanouisse. Par exemple, en nous abstenant de tuer et de faire d’autres actes d’hostilité, nous créons l’atmosphère favorable à l’apparition de l’amitié-bienveillance et de la compassion dans nos rapports avec les autres. De même, nous abstenir de voler - prendre ce qui n’est pas donné, qu’il s’agisse des biens de quelqu’un ou du crédit lié au travail ou aux idées d’autrui - donne naissance à son opposé, la générosité. L’action morale fait passer notre focalisation sur l’intérêt person­nel à l’intérêt envers ce qui est profitable à la fois pour nous et pour les autres. Lorsque nous sommes obsédés par nos propres désirs, nous sommes essentiellement motivés par la haine, l’avidité, la jalousie, les pulsions sexuelles, et autres préoccupations égoïstes. Nous n’avons alors ni maîtrise de nous-mêmes ni sagesse pour agir de manière juste. Mais lorsque nous nous abstenons de ce qui est nocif, notre brouillard mental s’éclaircit un peu, et nous commençons à voir que l’amitié-bienveillance, la compassion et la générosité nous apportent un bonheur vrai. Cette clarté d’esprit nous aide à faire des choix éthiques et à progresser sur le chemin du Bouddha.


    S’abstenir de tuer


    L’envie de nuire ou de blesser d’autres êtres vivants prend généralement sa source dans la haine ou la peur. Lorsque nous tuons délibérément des êtres vivants, même de petites créatures telles que des insectes, nous diminuons notre respect pour toute vie - et par suite pour nous-mêmes. L’Attention nous aide à reconnaître nos propres aversions et à en assumer la responsabilité. Par l’examen de nos états mentaux, nous nous rendons compte que haine et peur induisent un cycle de cruauté et de violence, des actions qui font du mal aux autres et qui détruisent notre propre paix mentale. S’abstenir de tuer rend l’esprit paisible et le libère de la haine. Cette clarté nous aide à refréner les actions destructrices et à embrasser celles qui ont pour motif la générosité et la compassion.


    Une de mes étudiantes m’a confié qu’elle avait été sujette à la peur et qu’elle éprouvait de la répulsion envers de petites créatures, comme les souris, les puces et les tiques. En raison de cette émotion, elle voulait les tuer. Sa pratique de l’Attention l’aidant à s’adoucir, elle prit la résolution de s’en abstenir. Il en résulta une diminution de ses sentiments de peur et de répugnance. Récemment, elle a même réussi à ramasser un grand cafard à mains nues et à le mettre en sécurité, hors de la maison.


    Lorsque nous nous abstenons de tuer, notre respect pour la vie grandit, et nous commençons à agir avec compassion envers tous les êtres vivants. Cette même étudiante m’a dit avoir rendu visite à un ami qui vivait dans un centre de méditation. En arrivant, elle remarqua un piège à insectes suspendu au porche d’entrrée de la maison où habitait le personnel du centre. Des douzaines de guêpes, attirées par l’odeur sucrée du jus de pomme, étaient prises au piège. Une fois entrées par sa petite ouverture, elles ne pouvaient plus ressortir. Quand elles s’étaient épuisées à voler dans le petit espace, elles tombaient dans le jus de pomme au fond du piège et se noyaient lentement. L’étudiante en visite interrogea son ami à ce sujet. Il reconnut qu’un tel piège dans un centre de méditation était une chose honteuse, mais que la hiérarchie l’avait installé à cet endroit et qu’il ne pouvait rien y faire.
    Bien qu’elle essayât d’ignorer le bourdonnement qui en provenait, la visiteuse ne pouvait chasser la souffrance des guêpes de son esprit. Elle eut rapidement le sentiment de devoir faire quelque chose pour donner à quelques-unes une chance de s’échapper. Elle prit un couteau, perça un petit trou au sommet du piège et y inséra le couteau pour que le piège reste ouvert. Quelques guêpes se hissèrent le long de la lame et parvinrent à s’échapper. Ensuite, elle ouvrit le trou un peu plus et quelques autres guêpes s’échappèrent. Finalement, elle se rendit compte qu’elle ne pouvait même pas supporter d’en laisser une seule mourir dans le piège. Bien que son intervention la rendît mal à l’aise, elle transporta le piège dans le champ voisin et le coupa complètement en deux, libérant toutes les guêpes encore en vie. En agissant, elle émit le souhait: « Puissé­je être libérée de mes attitudes et comportements négatifs de même que ces insectes sont libérés de ce piège. »
    L’étudiante m’a dit que, depuis ce moment, elle n’avait plus eu peur des guêpes. Au printemps dernier, un nid de guêpes apparut sous le porche principal de la Bhavana Society. Des personnes qui l’empruntaient furent piquées, et l’endroit fut isolé avec des cordes. Pourtant, cette femme continua d’utiliser cette porte, enjambant le nid sans qu’il lui arrive aucun mal, jusqu’à ce qu’il soit enlevé. « Je serais très surprise si jamais une guêpe me piquait de nouveau, dit­elle. Mais si je le suis, c’est pour la pauvre guêpe qui .est dérangée et qui peut être blessée en me piquant que je m’inquiéterais le plus. » Comme vous pouvez le voir à partir de l’expérience de cette étudiante, s’abstenir de tuer crée l’atmosphère favorable au déve­loppement de l’action compatissante dans notre vie. C’est merveilleux, et une grande aide pour progresser sur le chemin du Bouddha. Mais il ne s’agit pas de devenir militant dans notre soutien de la non-violence ! L’Action juste nous demande de prendre nos propres décisions en matière de conduite morale, et non d’exiger que tout le monde suive notre exemple.

    Faut-il être végétarien ?


    Prenez la controverse sur la consommation de viande. Bien que je ne mange pas de viande moi-même, je n’insiste pas pour que tout le monde devienne végétarien. En regardant les choses sous un angle plus large, je me rends compte que même les végétariens ont une part indirecte dans le fait de tuer. Supposez qu’il y ait un village où vivent mille végétariens, et dans le village voisin un fermier qui cultive des légumes, des fruits et des céréales pour nourrir les mille végétariens. Quand il laboure la terre et élimine les insectes qui pourraient abîmer les légumes, le fermier tue de nombreux petits êtres. De nombreux autres sont tués par ses machines agricoles quand il fait ses récoltes. Les végétariens du village d’à côté se sentent très à l’aise. Bien que des créatures aient été tuées, ils ont une conscience claire quand ils mangent, car ils n’ont pas d’intention de tuer. Par cet exemple, vous pouvez voir que manger des légumes et tuer des êtres pendant la culture sont deux choses distinctes. La même logique s’applique à la consommation de viande. Manger de la viande et tuer des animaux pour obtenir la viande sont deux choses distinctes. Parfois, le Bouddha lui-même mangeait la viande qui lui était offerte. Ceux qui mangent simplement la viande n’ont pas non plus l’intention de tuer.


    Pour l’observation du précepte de s’abstenir de tuer, le Bouddha a défini le fait de tuer de manière très spécifique, comme étant l’acte de mettre fin à la vie intentionnellement. Dans les règles qu’il a établies pour les moines, il clarifie plus avant les conditions nécessaires pour un tel acte :


    Il doit y avoir un être.
    Vous devez savoir qu’il y a un être.
    Vous devez avoir l’intention de tuer.
    Vous devez prévoir d’utiliser une méthode pour le tuer.
    Vous devez le tuer en utilisant seulement la méthode prévue.


      Ceux qui mangent de la viande ne remplissent aucune de ces conditions. Ils savent qu’ils mangent de la viande et qu’elle provient d’un animal. Mais ils n’ont pas eu l’intention de le tuer, et ils n’ont pas participé à sa mise à mort.
      S’il n’y a pas de viande disponible, on ne devrait pas aller chasser ou tuer des animaux pour manger. On devrait manger autre chose. Mais les gens ne devraient pas non plus devenir névrosés en cherchant à éviter tout ce qui contribue indirectement à tuer. Quand nous y réfléchissons, un certain degré de contribution indirecte au fait de tuer peut être trouvé dans la plupart des vies contemporaines. Conduire une voiture ou même marcher sur une pelouse tue des êtres. Divers médicaments que nous utilisons sont testés sur des animaux, les tuant, les estropiant ou les rendant malades. Bénéficier de ces médicaments n’est pas tuer. Le Bouddha a clairement dit que votre intention est ce qui compte réellement.


      En ce qui concerne le progrès spirituel, il n’y a pas de différence entre végétariens et non-végétariens. Lorsque les végétariens se mettent en colère, sont avides ou troublés, ils se conduisent de la même façon que ceux qui mangent de la viande. Si vous voulez être végétarien, soyez-le, bien sûr. Les repas végétariens sont très sains. Personnellement, je demeure végétarien par compassion envers les animaux. Néanmoins, ne vous sentez pas obligé de vous abstenir de manger de la viande afin d’atteindre votre but de parvenir à la plus haute félicité.


      Beaucoup de laïcs me demandent comment combattre les insectes dans leurs habitations et dans leurs jardins. Ils veulent être de bons bouddhistes et ne pas tuer, mais leurs fleurs vont dépérir et leurs maisons se détériorer s’ils ignorent les insectes. Je réponds que tuer des insectes, même pour une bonne raison, est toujours tuer. Toutefois, tous les meurtres n’ont pas les mêmes conséquences karmiques. Tuer un insecte, en général, n’entrave pas autant notre progrès spirituel que s’il s’agit d’un animal, un chien par exemple. Et tuer un chien a moins d’impact sur l’esprit que tuer un être humain. Aucun acte n’est plus néfaste pour soi­-même que tuer ses parents ou un être illuminé. De tels actes empêcheraient le meurtrier d’atteindre l’Illumination en cette vie et conduiraient à la pire des renaissances. Tuer des insectes n’est pas aussi grave que cela. Comprenant qu’il y a des degrés différents de conséquences, nous faisons nos choix et en acceptons les effets.